Parfois, une voiture transcende sa fonction première pour devenir une icône culturelle, une légende intemporelle parfaite pour alimenter la passion des amateurs d’automobiles du 21e siècle. La saga de la DeLorean, ce bolide futuriste en acier inoxydable complété par ses inoubliables portes papillon, débute dans les années 1970 avec un homme au charisme et à la vision comme on en croise peu : John Zachary DeLorean. Cette aventure industrielle est une montagne russe d’espoirs, d’ambitions démesurées, de revers dramatiques, et d’un succès posthume monumental entretenu par le cinéma. Entre les défis économiques, la controverse judiciaire et le destin fascinant d’une voiture au-delà des normes, la curiosité automobile s’enflamme encore aujourd’hui. Le retour de la marque en 2017 avec un modèle électrique repensé montre que les rêves audacieux, même après plus de quarante ans, n’ont pas dit leur dernier mot.
John Zachary DeLorean, le pionnier qui a secoué l’industrie automobile américaine
Dans les tréfonds du Michigan, Détroit n’était pas seulement la capitale américaine de l’automobile, mais aussi le terrain de jeu d’un prodige hors normes : John Zachary DeLorean. Avant même de lancer sa propre marque, il faisait déjà tourner les têtes chez General Motors, où il était une légende vivante, notamment grâce à une invention célèbre : la Pontiac GTO. Ce modèle a littéralement inventé la catégorie des voitures “musclées”, résolvant le casse-tête du combo puissance et style. En quittant GM en 1973, DeLorean ne partait pas sur une petite ballade en berline familiale, il rejoignait la catégorie des audacieux visionnaires.
Pour DeLorean, quant à lui, l’industrie devait évoluer et devenir plus innovante, plus futuriste. En 1975, il fonde la DeLorean Motor Company – ou DMC, pour les intimes – avec un objectif clair : bâtir une voiture sportive qui bousculerait les standards. Le projet était ambitieux, notamment parce qu’il fallait fabriquer en Irlande du Nord, chose inédite à l’époque, par souci d’optimisation des coûts et d’impacts socio-économiques. Ainsi, son usine a vu le jour à Dunmurry, Belfast, dans un contexte politique vibrant où deux communautés autrefois opposées régentaient chacune l’accès à l’usine par des entrées séparées. Un véritable pied de nez à la devise classique “l’automobile rassemble”.
Pour un passionné, l’histoire de John DeLorean ne serait pas complète sans mentionner les difficultés aussi bien humaines que techniques. Il faut bien comprendre que les ouvriers étaient majoritairement inexpérimentés ; beaucoup découvraient le monde du travail en même temps que montaient la DMC-12. Le résultat, c’est que les premières voitures connurent des ratés en terme de qualité. Cependant, cela ne refroidit pas l’enthousiasme : la carrosserie inox, jamais vue auparavant, avait une allure tellement martienne qu’elle capturait toutes les rêveries futuristes. Un pari esthétique et marketing qui allait s’avérer aussi risqué que culotté.
Chronologie des événements clés dans l’histoire de la DeLorean
| Année | Événement clé | Impact |
|---|---|---|
| 1973 | Départ de John DeLorean de General Motors | Début d’un projet indépendant d’innovation automobile |
| 1975 | Fondation de la DeLorean Motor Company | Création officielle d’une marque nouvelle et audacieuse |
| 1978 | Début de la construction de l’usine en Irlande du Nord | Soutien économique local marqué |
| 1981 | Première production de la DMC-12 | Sortie effective après des retards multiples |
La DMC-12 : légende inoxydable entre innovation et désillusions
Alors que la DMC-12 entrait enfin en production en 1981, elle avait déjà ce parfum unique qui la distinguait de toute autre voiture. Son acier inoxydable martelé était un coup de maître esthétique : une carrosserie qui ne rouille pas, mais surtout une allure hors du commun. Impossible de ne pas remarquer ses portes papillon, un détail qui a fait couler autant d’encre que d’essence dans la communauté automobile. Pourtant, sous ce design futuriste, la mécanique restait un peu à la traîne. Le moteur PRV V6, fruit d’une collaboration entre Peugeot, Renault et Volvo, manquait clairement de punch pour porter cette icône de l’asphalte à un statut véritablement sportif.
Malgré quelques critiques sur l’agrément de conduite et la puissance, la DMC-12 s’est vite forgée une réputation solidement ancrée dans la pop culture grâce à la trilogie « Retour vers le futur ». Avec son image de machine à remonter le temps, elle est entrée dans la postérité au-delà de ses performances réelles. Cela explique en partie pourquoi, aujourd’hui, la DeLorean caracole au sommet des plus belles histoires automobiles.
Intéressant de noter que la mise en production tardive et l’expérience limitée des ouvriers ont généré des soucis de qualité que la marque a tenté de corriger sur la fin, proposant notamment une garantie étendue. Cela ne permit pas toutefois d’éviter le désenchantement commercial : avec environ 9 200 unités produites, il était clair que le rêve industriel se confrontait à une réalité économique brutale. Le seuil de rentabilité calculé autour de 12 000 voitures par an n’a jamais été atteint, culminant à environ 6 000 vendues annuellement.
Caractéristiques techniques de la DMC-12
- Moteur : PRV V6 (Peugeot, Renault, Volvo)
- Carrosserie : Acier inoxydable mat
- Portes : Papillon
- Garantie usine : 5 ans / 50 000 miles (à partir de 1982)
De l’effondrement à l’icône culturelle : l’incroyable postérité de la DeLorean
La faillite de la DeLorean Motor Company en 1982 marqua la fin d’un rêve automobile, mais certainement pas la fin de la légende. Le fondateur, John DeLorean, fut pris dans une spirale judiciaire rocambolesque. L’affaire d’accusation pour trafic de cocaïne sur fond de piège du FBI est restée tristement célèbre, bien que finalement il en fut acquitté. Cet épisode n’a cependant pas empêché la marque d’assumer une brutalité économique qui a emporté près de 2 500 emplois et un investissement de l’ordre de 100 millions de dollars.
Mais le destin de la DMC-12 fut ailleurs, sur les écrans et dans le cœur du public. La trilogie « Retour vers le futur » (1985-1990) propulsa la voiture dans une autre dimension. Cette « machine à remonter le temps » a transformé un échec commercial en une icône supra-culturelle, une image collée à jamais à la nostalgie des eighties et à l’imaginaire collectif. Bien sûr, les passionnés de mécanique pourront toujours regretter que cette star du grand écran n’ait pas été à la hauteur côté performances pures, mais impossible de nier son aura imparable.
La communauté de passionnés autour de la DeLorean ne cesse de croître, avec des clubs actifs aux quatre coins du globe, dédiés à la restauration, au maintien et à la valorisation de ces bijoux métalliques. Des entreprises spécialisées s’occupent de fournir pièces détachées et entretiens, perpétuant ainsi la flamme. L’histoire fascinante de cette marque reste un cas d’école pour les industriels et amateurs, entre l’éclat d’un design unique et les chausse-trappes d’une aventure économique.
Les rebonds et la modernisation : la renaissance électrique de la DeLorean
Les années passent et, surprise, la DeLorean n’est pas morte. Bien au contraire, le mythe se réinvente. Dès 2011, une annonce fait sensation lors d’un événement dédié : la volonté de relancer la production de la DMC-12, mais dans une version électrifiée. Le DMC-EV, pour “Electric Vehicle”, se veut un savant mélange de 80 % de pièces d’origine et 20 % de technologies nouvelles, notamment une batterie Lithium-ion pouvant embarquer entre 24 et 30 kWh. Un sacré défi technique qui mélange héritage et modernité.
En 2017, la DeLorean Motor Company renaît, proposant une édition limitée à 300 exemplaires. L’objectif ? Offrir un véhicule fidèle à l’esprit d’origine, mais avec les exigences contemporaines, notamment en termes d’émissions et de performance. Ce tournant a évidemment un prix : plus de 80 000 dollars, une somme que seuls les passionnés avertis et fortunés sont prêts à débourser.
Ce retour aux sources en mode électrifié rappelle que la compétition dans l’automobile ne vient jamais uniquement des marques historiques française comme Renault, Peugeot, Citroën, ou encore les challengers comme Alpine, DS Automobiles, Bugatti et même les plus confidentiels Venturi, Panhard et Simca. La DeLorean prouve que même un mythe peut suivre le courant – électrique – de l’innovation.
Timeline des événements récents liés à la DeLorean
| Année | Événement | Caractéristique majeure |
|---|---|---|
| 2011 | Annonce du projet DMC-EV électrique | Mix entre pièces d’origine et motorisation électrique |
| 2017 | Relance officielle de la production DMC-12 | Edition limitée, respectant les normes modernes |
La place unique de la DeLorean dans le paysage automobile et culturel
Au-delà des prouesses techniques et des déboires économiques, la DeLorean est avant tout une star culturelle, un jalon incontournable de la nostalgie des Années 80, et un symbole d’audace. C’est sûrement l’aspect qui fascine autant les créateurs de Renault que ceux de DS Automobiles, les artisans de l’élégance chez Bugatti, ou les innovateurs de Venturi, qui voient dans ce modèle un cas d’école d’innovation et d’échec transformé en mythe.
La DeLorean représente également une leçon essentielle pour les constructeurs français historiques, qu’ils aient brillé sous les marques Peugeot, Citroën ou Simca : elle incarne la créativité à la frontière entre audace industrielle et risques financiers. En cultivant une communauté globale de fans qui rivalisent d’enthousiasme dans la restauration de ces joyaux, la marque continue d’inspirer. Des passionnés aux professionnels, tout le monde y trouve son compte.
Enfin, la DeLorean reste un exemple impressionnant qui sert de case-study dans plusieurs écoles de commerce et d’ingénierie, mêlant résistance à la crise, sens marketing et innovation visuelle. L’auto, parfois décriée pour son châssis compliqué ou son moteur cherchant son souffle, est devenue une rockstar de l’automobile classique. Et si l’on vous dit que les projets secrets de la firme dans les années 80 envisageaient même une berline quatre places futuriste ? On pense à une déclinaison à la fois élégante et pratique, jonglant entre performance et style expérimental signé Giorgetto Giugiaro, le maestro italien !